Partir à la retraite, oui… mais personne ne veut prendre ma place : une généraliste de Bordeaux raconte le vide et l’épuisement

Salle d attente cabinet medical piles de dossiers

La salle d’attente ne désemplit plus et les dossiers s’accumulent sur son bureau. Dr Hélène*, généraliste depuis 32 ans dans la métropole bordelaise, voit les visages changer autour d’elle… mais jamais derrière son propre bureau. À l’approche de la retraite, elle confie l’angoisse d’un métier qui ne trouve plus de relève, alors que les habitants multiplient les demandes de soins. Entretien sans filtre sur la réalité du terrain.

Pourquoi est-ce si difficile de trouver un successeur aujourd’hui ?

Cabinet medical vide affiche recherche successeur
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Je vois mes collègues partir, mais rares sont ceux qui laissent la clé à quelqu’un. La plupart des jeunes préfèrent des contrats courts, la médecine hospitalière ou changent carrément de région. Qui voudrait s’installer pour 50 heures par semaine et une montagne de dossiers à trier chaque soir ? Même dans une ville comme Bordeaux, ça n’attire plus.

L’âge moyen des généralistes monte, qu’est-ce que ça change au quotidien ?

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Nos files actives débordent et tout s’accélère. Près de la moitié des médecins ont plus de 55 ans : tout le monde parle de retraite, mais personne n’ose imaginer ce que ça va donner ensuite.

On prend le relais de collègues partis, on assure des urgences, on gère de plus en plus de patients âgés, tout en remplissant les tâches administratives qui s’ajoutent sans cesse.

À quoi ressemble aujourd’hui la prise en charge dans votre cabinet ?

Je fais des consultations éclair toutes les 20 minutes, et il arrive que j’enchaîne jusqu’à 60 heures par semaine.

Les seniors que je reçois consultent souvent : un patient de plus de 75 ans vient 13 fois par an contre 5 pour un jeune adulte. Et si un dermatologue part, on doit faire ce suivi aussi. Les journées n’en finissent plus.

« Parfois, je me retrouve à faire de la dermatologie ou à suivre un diabète, parce que des rendez-vous spécialisés sont impossibles à avoir à moins de 6 mois. »

Quels sont les principaux obstacles à la relève selon vous ?

Les jeunes médecins ne veulent plus de ces conditions. Le rythme, la solitude, le poids de l’administratif, parfois pour des revenus pas toujours à la hauteur…

Certains cabinets restent vides des mois. Et dans les quartiers populaires, c’est encore plus criant : la moindre absence isole des centaines de personnes du parcours de soins.

Certains parlent de malaise ou de perte de sens…

C’est réel. Quand on consacre des heures à remplir des papiers plutôt qu’à examiner des patients, il y a de quoi perdre la flamme.

J’ai vu des jeunes internes hésiter à s’installer, effrayés par la charge et ce sentiment de ne jamais être remplacé si on part.

Des solutions ont été proposées… Que faudrait-il, selon vous ?

On parle beaucoup d’augmenter la rémunération, mais rien ne remplacera le besoin d’un vrai accompagnement pour les nouveaux installés.

Il faudrait réduire l’administratif, proposer des aides claires pour le logement, former et accompagner sur plusieurs années. Les maisons de santé partagées, c’est une bonne idée : on ne devrait pas se sentir isolé dans son cabinet. Tant qu’on ne s’attaque pas au fond, la pénurie va empirer, partout.

Vous arrive-t-il de refuser des patients ?

Malheureusement oui. Certains jours, je dois refuser trois, voire quatre nouvelles demandes : c’est terrible, mais je ne peux pas faire plus.

La situation du Dr Hélène rappelle celle d’autres régions où un cabinet médical proche de la fermeture met en péril la prise en charge de 2 500 patients, mettant en lumière une crise nationale de la relève médicale.

À l’image de la situation décrite dans Landes : à Morcenx, le couple de médecins Herbert annonce son départ massif à la retraite après plus de 30 ans de service, les habitants émus face à la vague de réactions, de nombreux praticiens peinent à trouver des successeurs, laissant des zones entières en grande détresse médicale.

C’est un crève-cœur, d’autant que ces refus concernent parfois des personnes en situation de handicap, des précaires ou des aînés isolés. Et autour de nous, c’est le même scénario : des spécialités désertées, des cabinets qui ferment… Alors, oui, la tension est forte.

Pensez-vous qu’il soit encore possible d’inverser la tendance ?

Tout dépendra de la réaction collective. Si chacun reste dans son coin et que les pouvoirs publics tardent, on risque d’aller tout droit vers des zones sans médecin de famille.

Mais si on fait front commun, soutenus par des solutions humaines, locales et financières, on pourra éviter le pire. Le temps presse.

Le témoignage du Dr Hélène* donne corps à ce que vivent déjà de nombreux habitants et professionnels à Bordeaux : sentiment d’épuisement, craintes pour l’accès aux soins et solitude grandissante dans un métier de première ligne.

Et vous, êtes-vous concerné par ce manque de médecins près de chez vous ? Votre cabinet a-t-il aussi du mal à trouver un remplaçant ? Partagez votre expérience, vos attentes ou vos idées en commentaire pour faire bouger les lignes. Et si cet entretien vous interpelle, n’hésitez pas à en parler autour de vous ou à le relayer sur les réseaux locaux.

*Les personnes interrogées ont souhaité conserver l’anonymat.

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